Pour mon projet conceptuel de l'année, j'ai décidé de m'intéresser à la thématique du labyrinthe mental, problématique qui m'est chère pour des raisons que j'évoquerais par la suite.
Concrètement, mon projet serait de réaliser un petit traité de la pensée labyrinthique sous forme d'édition. Je précise bien pensée labyrinthique, et non le labyrinthe tel quel, car la notion de labyrinthe m'intéresse en tant que concept abstrait et non comme architecture concrète.
Ce concept abstrait correspond donc selon une définition simple à une organisation complexe et tortueuse, dans laquelle l'homme est sujet à se perdre. Ce concept sous tend les idées de cheminement difficile, d'incertitude, de choix multiples, mais également l'idée d'apprentissage par l'errance, de parcours initiatique, le fait de se perdre pour mieux se retrouver.
Cette édition sous forme de traité de la pensée labyrinthique serait donc à la fois quelque chose d'objectif et de subjectif tant la problématique de l'errance et du parcours initiatique relève de préoccupations personelles.
L'édition serait développée selon plusieurs notions que j'ai mises en exergue suite à différentes recherches sur ma thématique :
- LE TEMPS : il est aboli, infini dans le labyrinthe. Le chiffre 8, symbole de l'infini, représente également en mathématique l'idée de labyrinthe.
- LA BOUCLE : le décor est toujours identique, tout semble se répéter
- LE MIROIR : le reflet de soi au travers de cette quête labyrinthique. Se perde c'est mieux se trouver.
- L'INCERTITUDE : le flou et la surprise prédominent, le labyrinthe est une enigme.
- L'ETRANGE : l'univers de tous les possibles et de toutes les surprises. Réel et surnaturel se mélangent.
Le but de cette édition est d'expérimenter graphiquement autour de toutes ces notions.
Pour ce projet, je souhaiterais accumuler du visuel, ne pas me contenter de mes acquis graphiques, me perdre dans cette notion de création labyrinthique, pour en sortir transformée, pour trouver de nouvelles sortes de représentations graphiques.
Cette édition mettra aussi en valeur des extraits de mes lectures sur la thématique, en relation avec les chapitres correspondant ( Temps, Boucle, etc... )
J'aimerais si possible faire sortir ces expérimentations graphique du format du livre, pour les transposer sur très grand format et ainsi jouer avec les échelles, de l'infiniment petit à l'infiniment grand. Ces très grand formats me permettraient de jouer sur les détails et les niveaux de lectures, invitant ainsi celui qui regarde l'image à se plonger réellement dedans, à passer du temps devant l'image pour la décrypter.
Le labyrinthe est mystérieux, et ces images doivent fasciner.
J'aimerais également créer une scénographie en relation avec mon projet. Un parcours qui jouerais avec les clairs/obscures, le visible et l'invisible.
Dans les hypothétiques projets pouvant se joindre à cette édition, j'imagine proposer une sorte de galerie des glaces faite de miroirs sérigraphiés. Des motifs graphiques pourraient ainsi se superposer sur les visages des visiteurs. L'idée est de recréer cette quête initiatique en matérialisant le questionnement sur soi : " quel visage ai-je? "
Dans le labyrinthe, le réel bascule dans l'irréel. C'est un lieu obscure et étrange pour lequel j'aimerais créer une sorte de monde parallèle fantasmagorique.
En guise d'avant-propos, je me suis demandée pourquoi cette fascination pour le complexe, l'enchevêtré, l'illisible, l'énigme, en définitive, le labyrinthique.
A l'origine de tout, il y a, une fascination certaine pour les chemins de traverses, pour l'obscurantisme, le fantastique, l'étrange et le mystérieux. J'ai ainsi, depuis des années, commencé à me construire, un univers parallèle peuplé d'être chimériques, avec un désintérêt certain pour l'immédiateté du réel. Le réel m'ennuie, de par les frontières rationnelles qu'il suppose, il enferme l'esprit et interdit l'imaginaire. Le réel est défini, construit, et rationnel. Le chemin de traverse lui, suppose l'incertitude et la découverte, rien n'y est tracé ou défini, tout reste à y être inventé. Le chemin de traverse, permet l'errance, car celui-ci n'a point de but à atteindre. Il laisse place aux zones d'ombres et à la surprise. Le chemin de traverse, c'est le chemin de la déviance, s'écarter des normes, de la Raison, pensée rationnelle dominatrice imposée dans nos sociétés occidentales.
La pensée labyrinthique, qualifiée d'errance suppose ainsi une construction sur le complexe, la superposition, le croisement et le mélange. C'est un cheminement non linéaire, car elle n'a pas de but précis. Elle autorise le vagabondage. C'est un apprentissage par l'erreur, une confrontation au hasard, une découverte et un émerveillement continuel, car la pensée labyrinthique laisse place à la surprise.
On oppose souvent les graphistes aux artistes, ces premiers se devant d'être doté d'un esprit quel que peu rationnel pour répondre à la réalité d'un marché. Dans les écoles d'art, on nous demande souvent de réfléchir à, questionner le graphisme et le monde, questionner le réel, surtout le réel. Le graphiste serait-il un créatif banni de créer de l'imaginaire? Le graphiste se devrait-il d'avoir en toute situation les pieds sur terre? Ne serait-il uniquement qu'au service d'un message toujours clair et lisible, d'une réflexion concrète pour répondre à des problèmes existants ?
J'ai souvent l'impression qu'exprimer son imaginaire semble reposer sur bien peu de choses. Et te colle subitement ainsi à la peau, l'étiquette d'idéaliste rêveur, sans grandes qualités reflexives. Et s'il était possible de tout faire à la fois?
Aujourd'hui, certains graphistes ont su s'affranchir des codes restrictifs de la pure communication pour développer un univers narratif et souvent illustratif. On parle alors de frontières qui se brouillent, de graphistes qui deviendrait peu à peu artistes à leur tour. Ces univers semblent correspondre à ce qu'on pourrait définir comme du graphisme labyrinthique, jouant sur le brouillage des pistes, la superposition, l'accumulation, le lisibles/illisible...
ANALYSE
1. LE LABYRINTHE CONCRET
a. un symbole universel : on trouve des labyrinthes depuis la nuit des temps et dans toutes les cultures au travers du globe
b. une infinité d'analogies possibles : avec la nature, le corps humain, la ville, etc...
c. le labyrinthe contemporain, à l'ère de la complexité : nouvelles technologies, réseau internet, réseaux routiers, ferroviaires, téléphoniques, économie mondiale, supermarchés, administrations, bureaucratie, grandes métropoles...
2. LE LABYRINTHE ABSTRAIT
L'aspect mental et moral du labyrinthe défini une façon de pensée spécifique. C'est un parcours dans la dérive et dans la perte. La pensée labyrinthique remet en cause le côté trop rationnel de notre société, c'est préférer les chemins de traverses à la ligne droite.
a. errer : C'est une progression par la lenteur, la
déambulation, un cheminement fondé sur les tours et les détours. L'errance est une piste d'innovation et
de créativité. C'est une figure stimulante, qui nous invite à
être, à exister et habiter. Elle questionne et destabilise la
société sédentaire, par ses incertitudes, sa fragilité et son
côté sans attaches.
Errer c'est aussi être curieux, apprendre par l'égarement et la rencontre, se laisser surprendre et s'émerveiller.
b. se perdre pour se trouver : L'errance est un voyage initiatique à
la découverte de soi et des autres. C'est une épreuve qui
transforme, une aventure solitaire et réflexive, le miroir y est
régulièrement associé.
3. OUVERTURE : STRUCTURE LABYRINTHE DANS LE DESIGN GRAPHIQUE
a. l'ornementation, crime et châtiments : Adolf Loos et compagnie.
b. une nouvelle pluralité : le design graphique actuel n'a plus un caractère aussi sacré qu'il y a plusieurs dizaines d'années. On assiste aujourd'hui à une multiplicité des styles, à un effacement de la frontière entre graphistes et artistes, et à l'émergence de communications jouant volontairement sur le brouillage de pistes.
Et pour terminer, une scène de "La prisonnière" de Clouzot. Flippant et labyrinthique à souhait.