
Beaux arts, semaine 1. Et si on faisait une liste ?
La liste des choses qui. Des choses qui quoi déjà ?
Des choses qui me font pleurer : les choix, voilà . Les choix c’est difficile, je n’aime pas les choix, je les déteste. Paraîtrait que c’est génétique. Dans la famille, on ne sait pas faire de choix. Je suis bien la fille de ma mère. Ma vie est pavée de difficiles décisions : acheter ce pull H&M en rouge ou en vert ? Un terrible dilemme vous imaginez bien.
Bon, ok, stop à la prise de tête, il s’agit de profiter, il s’agit de progresser, et surtout d’arrêter de continuellement loucher sur l’ordre pré-établi des choses et sur les grandes idées reçues. La jungle toujours. Mais je suis en vie.
Les beaux arts c’est différent, une différence de rythme, une différence de tout je crois. Ici, pas de sonneries, de cours entiers, de pauses à heure fixe, de profs et d’élèves à l’heure, ici y’a pas d’organisation, ici tu fais comme bon te semble, ici on t’explique pas grande chose, ici tu te débrouilles, ici tu es autonome, ici on tutoie les profs, on parle avec eux comme avec de vieux potes, on mange et boit dans les salles, ici on parle d’idées, de sens, on discute pendant deux heures de listes de courses, et toi ta liste de courses, elle ressemble à quoi ? tu la fais comment ? ici on avance lentement, peut être un peu trop pour moi, ici ils sont en retard sur nous, sur moi, mais ici on rabaisse les arts appliqués, alors que les 3ème année font « waw » devant nos boulots persos, ici c’est une autre façon d’étudier, ici il y a des workshops, des sorties, des voyages, des rencontres avec des artistes et des occasions de travailler avec eux, ici on a plein de matériel, ici c’est grand, grand comme des entrepôts vides ou l’on repeint chaque année les murs en blanc, ici dans la salle de design graphique il reste une trace d’un énorme crâne rose fluo, et puis ici de part et d’autre il reste encore de jolis dessins qu’on à certainement eu peine à effacer, ici aucune chaise n’est identique, toutes dépareillées, petit tabouret jaune, chaise de bar déglinguée, fauteuil de bureau en plastique, ici on se débarrasse des archives du CDI, ici on y déniche des merveilles : un livret réalisé par Di Scuillo en 1990, un autre des années 80, avec David Carson et compagnie. Ici, c’est un peu bizarre, mais au final ne serais-je pas moi-même également bizarre ?

Et t’as mal où toi ?
Moi j’ai mal là .
Les bleus de l’âme. Il y a toujours dans mes yeux, par périodes récurrentes, un trop plein de sensibilité salé dont je ne sais pas guérir. Les malaises adolescents, persistent et signent.
Mon âme est trop fragile. Mon âme se heurte contre tout, tout ce qui m’entoure. Mon âme est dénuée de carapace, mon âme est nue, et c’est bien la seule partie de mon corps ainsi faite.
Le bleu s’infiltre et s’immisce, me bouffe, me ronge, je ne dors plus, ne me lève plus non plus, je reste là à attendre le prochain train, ce voyageur souriant qui me tendra la main. Et pendant ce temps là , je dresse une armée de mouchoirs mouillés, rangés en rang sur mon parquet.
Sauf que, le lendemain, on se prend en main, on décide ne plus l’attendre ce train, mais d’avancer à pied, tout seule, comme une grande que je suis et que je dois me forcer à être.
