Fragments

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De la liberté de mon statut de freelance et de la fragmentation de mon travail que je ne cesse de questionner, s’échappent des heures d’heureuses errances en pleine journée. Il s’agit de troquer l’air doux du jour contre le plaisir du travail nocturne accompagné de thé aux épices et de films français.

Je ne sais parfois plus bien où errer tant la géographie de Paris m’est devenue familière. Les hasards du quotidien m’entraînent parfois dans de nouvelles rues, mais il s’agit beaucoup aujourd’hui de retourner flâner et hanter mes lieux favoris. C’est le cas de la Butte Bergère. Il n’y a sans nul doute meilleur endroit que celui ci pour admirer un coucher de soleil sur les toits de Paris. L’endroit y est calme et paisible, excentré, presque secret. Le rêve serait désormais de franchir ces grilles et m’assoir au milieu des vignes en contre bas. Je découvre sur mon trajet sur les hauteurs de Belleville quelques rues inexplorées jusqu’alors, deux portraits de femmes sur le rideau de fer d’une librairie, deux militaires mitraillettes en treillis et des gens charmants tout sourire.

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In love with

Ils disaient « Toutes les conditions de la révolutions sont réunies, la révolution est inéluctable ! »
Ils ont fait la révolution qui n’aurait jamais eu lieu, s’ils ne l’avaient pas faite
et qu’ils n’auraient pas faite 
s’ils n’avaient pas pensé qu’elle était inéluctable uniquement parce qu’ils le voulaient.

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Ballet Triadique – Oskar Schlemmer 

Paris, révolution année + 1.

On remet son casque sur les oreilles, pareil. On enfuit son nez dans son écharpe, pareil. On affronte le métro, pareil.
On se réveille, bordel, on se réveille, sans pareil.

9, 4, 2, 5, 3, 1. Circonvolutions.
On note des mots attrapés à la volée.
On ouvre grand ses yeux.
On sort s’épuiser dans l’air glacé.

 

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Rétrospective Sonia Delaunay – Mam

On fait la file, l’infinie file, dans l’infini froid, mais on ne regrette pas. Sonia Delaunay qui vous file des baffes. Les nécessaires baffes. La couleur et la forme, l’amour, la base. C’est toujours étonnant tous ces liens, cette famille créative d’il y a des années qui couchent sous vos yeux bien plus que des oeuvres, des histoires, une toile d’araignée où tout reste à démêler. En attendant t’en prends un peu de la graine. T’admires le coup de pinceau, et la couleur, la couleur qui se suffit à elle même.

 

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Exposition Contact – Olafur Eliasson

On file, dans le froid, encore, sous les voiles du grand mécénat, aux dernières lueurs qui s’éteignent sur le bois. Paris début janvier à l’allure du réconfort qu’on veut bien lui donner. Eliasson flotte sur l’eau et nos sens se perdent et se trompent. J’admire Eliasson depuis si longtemps finalement, c’est cette impression physique que produisent ses oeuvres sur les corps qui me fascine. Il y a quelque chose de l’ordre du merveilleux, du sacré en cela, ce grand tout, qui vous domine, vous trompe, se joue de vous. ( Coucou mes lectures de diplôme. )

 

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Rétrospective François Truffaut – Cinémathèque Française

On se faufile, dans le froid, encore et je découvre la cinémathèque pour la première fois. Il y a toujours quelque chose d’excitant dans le fait de mettre les pieds pour la première fois dans un lieu parisien, l’impression de connaitre un peu plus cette ville à chaque fois, de la faire devenir mienne dans sa totalité. R. année + 20 après l’oubli. J’admire les typographies et m’extasie, encore, surtout, sur ces lettres, ces mots, sur ces liens, sur cette histoire de famille qui lie Truffaut à Cocteau, à Hitchcock, à Spielberg. Je trace des liens dans ma tête, entre les films que j’ai vu, ceux que je n’ai pas vu, ceux que je n’ai vu qu’à moitié. On reste fasciné quelques instants devant ce court d’Axelle Ropert, et ce passage, ce passage.

 
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Jean Arp

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Mind over matter - Malin Gabriella Nordin

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Way Out – Yukai Du

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La planète sauvage - René Laloux

Dans les oreilles : Brian Eno – The Big Ship, Giorgio Moroder – Tears, Modèle Mécanique – Dark of the moonRadiohead – Pyramid song, I Monster – These are our children, Day One – I’m doing fine, Philip Selway – Coming up for air, Ghost culture – Arms, Kraftwerk – Computer love, Shop Assistants – It’s up to you, The Handsome family – far away from any road,

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L’inquiétante étrangeté

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J’ai eu l’impression d’avoir été emportée par un torrent, un torrent bruyant, rempli de sirènes et de cris stridents incessants.

Paris 11ème, janvier 2015, capitale de la douleur.

Mercredi, je sortais de chez O. vers 11H45, les yeux encore rouges et humides, parce que c’est ainsi que les choses se passent et doivent se passer. J’ai croisé, rue du Chemin vert, une voiture de police sirène hurlante, dévalant le bitume en direction de Richard Lenoir. Encore un accident me dis-je, la rue du Chemin vert est un théâtre, plus que tout. Chez moi, j’ai d’abord cru à un article du Gorafi. Non, vraiment? Il y a eu une sirène, puis une deuxième, puis une troisième, puis une quatrième, puis j’ai arrêté de les compter, elles n’ont toujours pas cessé depuis. Pin pon pin pon pin pon, litanie stridente. Des gens sont morts pour la liberté d’expression juste à côté de chez moi. C’est horrible. C’est dramatique. Pin pon pin pon, et les sirènes qui ne s’arrêtent plus.

Plus tard, dans la soirée, sur mon chemin entre Bastille et République, je suis passée devant le lieu du drame. Nous avons compté le nombre de camionnettes de presse agglutinées sur les côtés du boulevard. Un côté Night Call qui me laissa fort songeuse. Des présentateurs tout autant agglutinés que leurs camionnettes présentaient des éditionspéciale-live-prioritéaudirect-spécialattentat-parisonfire avec cet air grave pour des chaines de télé du monde entier suivies par des curieux du monde entier. Partout des cordons de sécurité, des policiers, et quelques fleurs, déjà. Un peu plus loin, du sable sur les pavés gris du trottoir boulevard Richard Lenoir, ce trottoir, mon trottoir, dans cette vidéo immonde, un homme à terre, et du sable qui met en exergue plus qu’il ne camoufle. Il y a quelque chose de surréaliste dans cet évènement, dans ces faits si graves, si durs, si violents, confrontés à la banalité de ce boulevard qui fait partie mon décor quotidien. Freud parle d’inquiétante étrangeté me soufflera t’on, oui, voilà, c’est cela que je ressens, de l’inquiétante étrangeté, comme si une chose pareille ne pouvait pas arriver, pas ici, pas comme ça, pas pour ça. Je ne réalise pas.

La Place de la République était silencieuse et impressionnante ce soir là, d’un extrême à un autre, il s’en dégageait un élan d’amour si spontané, si simple, si humble et c’était beau. C’était beau de voir tous ces gens ensemble. C’était beau, touchant et nécessaire. Et j’ai eu un frisson. L’humanité n’est pas perdue.

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Depuis nous avons parlé, beaucoup, nous nous interrogeons et je m’interroge. Que dire? Que faire? Que penser? Sommes-nous légitime dans notre façon de nous exprimer? Certaines réactions ne sont-elles pas déplacées? Faut-il suivre le mouvement sans se poser de questions? N’en fait-on pas trop? Comment ne pas être dans l’émotion? Nous sommes humains après tout. Nous sommes bien d’accord que ce qui vient de se passer est terrifiant et profondément injuste, mais ne sommes nous pas ce peuple d’endormis qui soudain se réveille et se sent investi d’une révolte certainement salutaire mais quelque peu hypocrite? Qui soutenait Charlie avant? Qui s’indignait avant? Il y a tellement de sujets sur lesquels se révolter. Et puis eux, que diraient-ils de tout ce remue ménage, de tout cet amour qui dégouline de partout? Que diraient-ils de la marche de demain? De tous ces politiques qui y participent? Des « je suis charlie » affichés sur la bourse de New York?

J’ai l’impression qu’on a foutu un coup de pied dans une fourmilière qui laisse soudain s’échapper mille questions, documents, textes, films, images, idées, rancoeurs, idéaux, bêtises… ça part dans tous les sens.

Je suis curieuse. J’ai envie de savoir. J’ai envie de comprendre. J’ai envie de savoir ce que pensent les gens autour de moi, parce que moi je ne sais pas, je ne sais plus.

Je sais juste que je suis indignée, révoltée, attristée et désolée. Je sais juste que je suis profondément humaniste et tolérante, et par dessus tout, pour la liberté. ( Mais dans le fond, avouons le malgré mes beaux idéaux, je suis une putain de planquée. )

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Soleil Froid

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Il n’y a plus de poignée sur la porte intérieure du hall de l’entrée. Pendant mon absence, un interrupteur a été installé sur le mur de droite en dessous de la plaque commémorative du soldat Jacques Henseval qui vécut ici. A chaque fois que je sors de l’immeuble c’est un nouveau geste à effectuer avec lequel il faut désormais que je me familiarise. Un pas à droite, on lève le bras, un pas à gauche. Déclic. Dans quelques jours ce ballet sera sans nul doute acquis.
C’est étrange comme nous retombons finalement toujours sur nos pieds, comme notre corps s’adapte aux changements, comme le soleil froid d’une matinée de fin de décembre fini par éclipser les angoisses nocturnes, comme les longues conversations apaisent et comme le temps qui soudain semble couler si lentement est doux.
La vie est mouvante.
Toute une année résumée en une poignée de porte.
La vie émouvante.

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Pour deux mille quinze, je souhaite les mots et la liberté. La liberté des mots et les beauté des maux, un peu, car la beauté n’est que convulsion, rappelez-vous.
Pour deux mille quinze je souhaite des soleils froids, des émotions au cinéma, des balades dans l’air doux de Paris Paris, des chocolats chauds dans les cafés, des nuits alcoolisées, de la musique très forte dans mon casque, des visites nocturnes dans les musées, des visites nocturnes tout court, des voyages en train, d’autres en avions, de nouveaux paysages à apprivoiser, de nouveaux corps à apprivoiser, des repas entre amis, des soirées sur les quais, des mains pleines de peinture, des yeux éblouis par le soleil, des peaux collées sous les draps, des lectures allongée sur le balcon, du piano qui vous crève le coeur, des yeux qui vous crèvent le coeur, des derniers métros attrapés à la volée, des voix cassées après les concerts, des nuits entières à danser, des errances et des surprises, du sucre, de la lumière, de l’orage, du vent, des orangina, des séries, des vernissages, des rencontres, des hasards de la vie, du vin rouge, des photos, des rires, des larmes, des dessins, de la sérigraphie, des ciels roses, des piles de livres, des crêpes à la confiture, des nez froids, des pieds dans le sable, des plantes dans l’appartement, des idées et des révolutions, des virées et des évolutions, apprendre et ré-apprendre, apprivoiser et ré-apprivoiser, oser.

Une bonne année.

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Que reste t’il de nos amours ?

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