L’inquiétante étrangeté

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J’ai eu l’impression d’avoir été emportée par un torrent, un torrent bruyant, rempli de sirènes et de cris stridents incessants.

Paris 11ème, janvier 2015, capitale de la douleur.

Mercredi, je sortais de chez O. vers 11H45, les yeux encore rouges et humides, parce que c’est ainsi que les choses se passent et doivent se passer. J’ai croisé, rue du Chemin vert, une voiture de police sirène hurlante, dévalant le bitume en direction de Richard Lenoir. Encore un accident me dis-je, la rue du Chemin vert est un théâtre, plus que tout. Chez moi, j’ai d’abord cru à un article du Gorafi. Non, vraiment? Il y a eu une sirène, puis une deuxième, puis une troisième, puis une quatrième, puis j’ai arrêté de les compter, elles n’ont toujours pas cessé depuis. Pin pon pin pon pin pon, litanie stridente. Des gens sont morts pour la liberté d’expression juste à côté de chez moi. C’est horrible. C’est dramatique. Pin pon pin pon, et les sirènes qui ne s’arrêtent plus.

Plus tard, dans la soirée, sur mon chemin entre Bastille et République, je suis passée devant le lieu du drame. Nous avons compté le nombre de camionnettes de presse agglutinées sur les côtés du boulevard. Un côté Night Call qui me laissa fort songeuse. Des présentateurs tout autant agglutinés que leurs camionnettes présentaient des éditionspéciale-live-prioritéaudirect-spécialattentat-parisonfire avec cet air grave pour des chaines de télé du monde entier suivies par des curieux du monde entier. Partout des cordons de sécurité, des policiers, et quelques fleurs, déjà. Un peu plus loin, du sable sur les pavés gris du trottoir boulevard Richard Lenoir, ce trottoir, mon trottoir, dans cette vidéo immonde, un homme à terre, et du sable qui met en exergue plus qu’il ne camoufle. Il y a quelque chose de surréaliste dans cet évènement, dans ces faits si graves, si durs, si violents, confrontés à la banalité de ce boulevard qui fait partie mon décor quotidien. Freud parle d’inquiétante étrangeté me soufflera t’on, oui, voilà, c’est cela que je ressens, de l’inquiétante étrangeté, comme si une chose pareille ne pouvait pas arriver, pas ici, pas comme ça, pas pour ça. Je ne réalise pas.

La Place de la République était silencieuse et impressionnante ce soir là, d’un extrême à un autre, il s’en dégageait un élan d’amour si spontané, si simple, si humble et c’était beau. C’était beau de voir tous ces gens ensemble. C’était beau, touchant et nécessaire. Et j’ai eu un frisson. L’humanité n’est pas perdue.

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Depuis nous avons parlé, beaucoup, nous nous interrogeons et je m’interroge. Que dire? Que faire? Que penser? Sommes-nous légitime dans notre façon de nous exprimer? Certaines réactions ne sont-elles pas déplacées? Faut-il suivre le mouvement sans se poser de questions? N’en fait-on pas trop? Comment ne pas être dans l’émotion? Nous sommes humains après tout. Nous sommes bien d’accord que ce qui vient de se passer est terrifiant et profondément injuste, mais ne sommes nous pas ce peuple d’endormis qui soudain se réveille et se sent investi d’une révolte certainement salutaire mais quelque peu hypocrite? Qui soutenait Charlie avant? Qui s’indignait avant? Il y a tellement de sujets sur lesquels se révolter. Et puis eux, que diraient-ils de tout ce remue ménage, de tout cet amour qui dégouline de partout? Que diraient-ils de la marche de demain? De tous ces politiques qui y participent? Des « je suis charlie » affichés sur la bourse de New York?

J’ai l’impression qu’on a foutu un coup de pied dans une fourmilière qui laisse soudain s’échapper mille questions, documents, textes, films, images, idées, rancoeurs, idéaux, bêtises… ça part dans tous les sens.

Je suis curieuse. J’ai envie de savoir. J’ai envie de comprendre. J’ai envie de savoir ce que pensent les gens autour de moi, parce que moi je ne sais pas, je ne sais plus.

Je sais juste que je suis indignée, révoltée, attristée et désolée. Je sais juste que je suis profondément humaniste et tolérante, et par dessus tout, pour la liberté. ( Mais dans le fond, avouons le malgré mes beaux idéaux, je suis une putain de planquée. )

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Soleil Froid

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Il n’y a plus de poignée sur la porte intérieure du hall de l’entrée. Pendant mon absence, un interrupteur a été installé sur le mur de droite en dessous de la plaque commémorative du soldat Jacques Henseval qui vécut ici. A chaque fois que je sors de l’immeuble c’est un nouveau geste à effectuer avec lequel il faut désormais que je me familiarise. Un pas à droite, on lève le bras, un pas à gauche. Déclic. Dans quelques jours ce ballet sera sans nul doute acquis.
C’est étrange comme nous retombons finalement toujours sur nos pieds, comme notre corps s’adapte aux changements, comme le soleil froid d’une matinée de fin de décembre fini par éclipser les angoisses nocturnes, comme les longues conversations apaisent et comme le temps qui soudain semble couler si lentement est doux.
La vie est mouvante.
Toute une année résumée en une poignée de porte.
La vie émouvante.

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Pour deux mille quinze, je souhaite les mots et la liberté. La liberté des mots et les beauté des maux, un peu, car la beauté n’est que convulsion, rappelez-vous.
Pour deux mille quinze je souhaite des soleils froids, des émotions au cinéma, des balades dans l’air doux de Paris Paris, des chocolats chauds dans les cafés, des nuits alcoolisées, de la musique très forte dans mon casque, des visites nocturnes dans les musées, des visites nocturnes tout court, des voyages en train, d’autres en avions, de nouveaux paysages à apprivoiser, de nouveaux corps à apprivoiser, des repas entre amis, des soirées sur les quais, des mains pleines de peinture, des yeux éblouis par le soleil, des peaux collées sous les draps, des lectures allongée sur le balcon, du piano qui vous crève le coeur, des yeux qui vous crèvent le coeur, des derniers métros attrapés à la volée, des voix cassées après les concerts, des nuits entières à danser, des errances et des surprises, du sucre, de la lumière, de l’orage, du vent, des orangina, des séries, des vernissages, des rencontres, des hasards de la vie, du vin rouge, des photos, des rires, des larmes, des dessins, de la sérigraphie, des ciels roses, des piles de livres, des crêpes à la confiture, des nez froids, des pieds dans le sable, des plantes dans l’appartement, des idées et des révolutions, des virées et des évolutions, apprendre et ré-apprendre, apprivoiser et ré-apprivoiser, oser.

Une bonne année.

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Que reste t’il de nos amours ?

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Le grand bazar

Je m’éparpille un peu je crois.

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Octobre au balcon, encore un peu de végétation, et mes chaussures roses.

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J’ai un amour très particulier pour les amulettes et autres objets grigris et objets magiques. Me voilà donc lancée dans la confection de God’s eye, et je vous explique comment ça marche chez Milh !

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Obsessions du moment : les rayures ( et ma parfaite robe d’automne Asos ), les carreaux ( et mes parfaits draps Hema ), et les jolis magazines avec leurs maquettes parfaites à en pleurer ( et leurs prix arfaits ).

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Maison d’automne d’hiver.

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Gelatology. Studio Fludd, l’admiration toujours.

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Et les backstage de notre shooting Mint Magazine x Harris Wilson avec Tiphaine à retrouver dans notre dernier numéro !

Bonjour le bazar !

Et comme la vie ne se résume pas à une accumulation de nunucheries, ma corde sensible a aimé Quelqu’un d’extraordinaire de Monia Chokri et puis cette envoutante et méconnaissable reprise de Metric par Clara Furey ( qui signe le générique de fin de Quelqu’un d’extraordinaire, non moins envoutante reprise de ce cher Kurt ). Ah et puis 2 automne, 3 hivers, avec le formidable Vincent Macaigne et une très jolie bande son de Bertrand Betsch. Et puis le teasing bien bizarre pour le prochain album de Panda Bear, et cet extrait, quel extrait, pour sauter partout en pleine journée.

 

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Mint magazine x Pitchfork

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à gauche : le masque de la reine des ciseaux Lucille M, à droite : le mien, reine de quoi au fait?

Pitchfork c’est un peu le festival que je ne veux manquer sous aucun prétexte tous les ans à Paris.
Pitchfork c’est un peu le festival que je manque tous les ans ou presque à Paris.

Cette année nous y étions avec Mint magazine pour proposer un atelier masques, découpage / collage niveau grande section de maternelle aux festivaliers ( oui parce qu’en fait c’était Halloween vous voyez… ). J’ai pas trop envie de vous la jouer compte rendu officiel à débiter des platitudes mais quand même voilà, c’est évident mais : c’était bien ! C’était vraiment bien. Trois journées intenses, de la musique plein les oreilles, à vivre complètement en décalage, à découper du papier toute l’après-midi dans une Villette encore déserte ( les balances de Jungle rien que pour nous, alléluia ! ), à rigoler avec vous pendant la soirée, à attraper de justesse les derniers concerts, danser un peu, rentrer tard, du vieux Caribou dans mon casque et recommencer le lendemain. Et puis les bisousbisousmercimerci parce que quand même, sans eux on y serait pas arrivées, alors un bisou pour le Klin, un bisou pour Emilie et petit R, un bisou pour Vanessa et un bisou pour Toga notre partenaire papier qui a assuré !

Si toi aussi tu veux faire ton masque en papier tu peux télécharger nos formes de base ici.

Et puis.

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